vendredi, 16 juillet 2010
Vacances studieuses...
Chères et chers.
Il est temps de dépoussiérer les étagères de BlogELF! Plusieurs mois ont passé sans nouvelles de notre part, et nous en sommes navrés, bien que les événements que vous connaissez ne nous aient forcés à l'absention qui en a résulté!
Mais ce temps est révolu, et le travail reprent!
Imaginairement vôtre.
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jeudi, 28 janvier 2010
Les Guerres Démoniaques
Chères et chers.
Un nouveau voyage sur les rives d’Eithelin aujourd’hui, mais avec un texte plus important que la semaine dernière. Vos remarques et critiques ont été entendues (le fait qu’elles soient aussi fournis pour polémiquer, lorsqu’elles manquent souvent pour un véritable texte nous a d’ailleurs beaucoup intéressé…), aussi avons-nous souhaité préférable de nous faire pardonner, en vous proposant un nouvel épisode inédit de ce qui s’appellera désormais Les Guerres Démoniaques. Ce nouveau recueil comportera tous les récits qui occupèrent la seconde ère sur Eithelin, à savoir les guerres entre les démons et les peuples de Voiron. Vaste sujet, qui nous permettra de découvrir un autre pan de l’histoire de l’île.
En espérant qu’il vous plaira.
Imaginairement vôtre.
Le tour de garde de Elinwë avait commencé au coucher du soleil. Mais il lui semblait que cette nuit était la nuit de trop : ses paupières étaient terriblement lourdes, et il avait manqué de tomber à plusieurs reprises, trébuchant sur une branche, ou sur ses propres pas.
Pourtant, il savait l’importance de sa mission ; à n’importe quel moment, les démons pouvaient lancer une nouvelle offensive, et il était celui qui devait donner l’alerte, empêchant ces monstres d’arriver au village sans rencontrer de résistance autre que lui et sa modeste lance. Il savait aussi que sa mission était périlleuse, car en attendant que les renforts arrivent, il lui fallait veiller à garder la vie sauve, seul contre dix, cent, mille, voir plus encore de ces démons. Mais il n’avait pas été choisi pour rien : Elinwë était sans doute un des plus habiles gardes qui soit ! Il avait toujours été parmi les premiers aux courses, lorsqu’il était enfant. Et de même, il était toujours le premier à atteindre les cimes des arbres qu’ils s’amusaient à escalader. Alors lorsqu’il avait eu à choisir la voie dans laquelle il souhaitait servir, il n’avait pas hésité : il serait un éclaireur !
Mais depuis, il avait cessé de courir ou de grimper aux arbres pour s’amuser. A chaque fois, c’était pour défendre sa vie, donner l’alerte, ou encore espionner un groupe de ces ennemis terribles qui les assaillaient depuis trois millénaires ! Et même si au cours des ces trente siècles de guerre, les hérauts de Voiron avaient su porter des coups violents dans le cœur de l’ennemi, la dernière victoire étant trop ancienne pour qu’Elinwë s’en rappelle encore. A l’inverse, il ne lui était pas facile d’oublier les dizaines de corps mis en terre, rongés par la terrible maladie qu’avait invoquée Alankar. Chaque jour, les guérisseurs sortaient des tentes sous lesquelles attendaient les malades, et chaque jour, ils faisaient s’effondrer une nouvelle famille. Ces derniers temps, Elinwë avait même vu mourir des personnes que personne ne pleurait, tant certaines familles souffraient de ce fléau.
Un fléau. C’était ainsi qu’Alankar l’avait nommé lorsqu’il avait lancé sa terrible malédiction. Elinwë frémissait toujours lorsqu’il y songeait, et faisait de son mieux pour que ce souvenir reste enfoui au plus profond de sa mémoire. Mais il le réveillait parfois la nuit, tant il le hantait. La bataille touchait à sa fin, et l’Alliance semblait sur le point de vaincre, une bonne fois pour toute, les démons. Alankar était aux prises entre Earnôr, le Sénéchal des Nains, et Belanùl, le fils même de Belajùïn, et les deux plus grands guerriers des deux peuples faisaient ployer le Seigneur des Démons, tandis que ses sbires tombaient les uns après les autres sous les lames des guerriers nains, elfes, et humains.
Et puis Alankar s’était envolé, comme s’il avait voulu s’enfuir. Les combats avaient cessé, et les regards s’étaient tournés vers lui ; tous pensaient que la guerre était sur le point de s’achever à ce moment là. Mais Alankar avait soudain éclaté de rire, un son qu’Elinwë n’oublierait jamais. Il avait alors hurlé d’une voix terrible :
« Roi des Elfes, j’ai tué ton père par le passé ! Guerrier nain, j’ai tué nombre des tiens ! Et aujourd’hui, vous avez failli les venger !
- Reviens nous combattre dans ce cas, avait hurlé Earnôr. Ou n’as-tu donc aucun courage, à défaut d’honneur ?
- Je ne connais pas ces notions ridicules de courage et d’honneur, Nain, avait répondu Alankar. Je ne suis pas un être vivant comme vous. Je suis le Chaos personnifié. Et le Chaos ne peut pas perdre. Le Chaos ne peut pas disparaître. Le Chaos ne connaît pas le courage, pas plus qu’il ne connaît la peur. Il ne connaît pas l’honneur, la fierté, la vengeance. Le Chaos n’a qu’un seul et unique objectif : l’entropie. Là où règne l’ordre, quel qu’il soit, le Chaos apporte le désordre. Votre univers est bâti sur l’honneur, l’amour, le respect et le progrès. Le Chaos y apporte la lâcheté, la haine, l’intolérance et la barbarie.
- Tu n’es pas le Chaos, Alankar, l’avait alors coupé Belanùl, avec un calme qu’Elinwë avait trouvé stupéfiant, au vu de la situation. Tu n’es qu’un vulgaire combattant, comme nous. Tu aimes te battre, tu aimes faire souffrir, tu aimes causer la douleur, la peine, la colère de la vengeance. Tu ne vis qu’au travers des souffrances d’autrui. Si tu n’étais pas ce que tu es, je pense qu’il faudrait te plaindre. Car au fond, tu n’es qu’un animal, incapable de ressentir la moindre émotion, obligé de les causer à outrance chez d’autres pour voir ce que ça fait. Tu es pathétique, et tu as perdu. »
Elinwë avait été surpris de découvrir brutalement Alankar sous un nouveau regard : là où il voyait un monstre gigantesque assoiffé de sang et de carnage, il découvrait à présent un être faible, incapable de jamais connaître le plaisir, la joie, l’amour. Belanùl avait raison : il était presque à plaindre. Mais il fut à nouveau terrifié lorsqu’il vit le masque de haine pure qui animait à présent Alankar :
« Tes paroles sont un poison, Belanùl ! Je suis le Chaos, ne t’en déplaise ! Et à mon tour de t’empoisonner par mes mots : moi, Alankar, Seigneur des Démons, je te maudits, toi et tous les êtres vivants qui peuplent cette île ! Entend-moi, Belanùl, et toi aussi, Earnôr ! Car vous vivez les derniers instants de paix sur Eithelin ! Bientôt, un souffle vous emportera, les uns après les autres ! Les plus faibles tomberont les premiers, les enfants, les vieillards, les malades, les femmes en couche ! Et les autres les suivront, et tous tomberont dans la tombe ! Mais je vous en fais le serment : les derniers à périr seront Belanùl, roi des Elfes, et Aronar, Roi des Nains. Toi-même, Earnôr, tu périras après avoir soutenu tes enfants et ta femme. Mais tu périras. Je le jure ! »
Et sur ces paroles funestes, il avait écarté les bras, et la terre avait tremblé. Ce ne fut d’abord qu’un soubresaut ; puis un autre, et un autre, plus rapproché. Bientôt, il fut difficile de tenir debout. Les démons profitèrent de la surprise pour s’enfuir, rattrapés et massacrés pour certains, tandis que les derniers réussissaient à rejoindre Alankar qui s’éloignait aussi vite que ses ailes le lui permettaient. Mais le drame se produisit avant qu’il n’ait totalement disparu : le tremblement devint rugissement, les arbres s’écroulèrent, et brutalement, la terre s’ouvrit en deux. Des hurlements retentirent, et la panique gagnât les combattants. Sous leurs pieds, une crevasse profonde grandissait, séparant les terres en deux. Les guerriers fuyaient les berges qui s’élargissaient toujours, pas assez vite pour certains, qui y tombèrent en hurlant. Ce fut la débâcle, chacun essayant de sauver sa vie. Elinwë avait rejoint un lieu qui semblait sûr, à plusieurs centaines de pieds du drame, mais il entendait toujours le grondement, et la terre tremblait sans cesse sous ses pieds. Et puis, cela s’arrêta. Brutalement, il n’y eut plus un bruit, et le sol s’immobilisa. Les rescapés se retournèrent, pour constater l’incroyable : une fosse séparait l’alliance en deux, au nord le camp elfique, et au sud le camp des nains. Alankar avait fait se déchirer la terre d’Eithelin.
Et alors que les esprits s’en rendaient compte, un nouveau grondement se fit entendre. Pourtant, la terre ne bougeait pas. Personne ne bougeait, s’attendant à voir s’ouvrir une nouvelle crevasse. Soudain, un cri : « L’eau ! »
L’eau, qui arrivait du nord, et qui remplissait le fossé. Tous les guerriers s’éloignèrent autant qu’ils purent de celui-ci, craignant le choc que ne manqueraient pas de causer la rencontre des deux fronts de liquide lorsqu’ils se rejoindraient au centre. Celui-ci fut d’une violence sans nom : Elinwë se rappelait encore que malgré la distance qui l’en séparait, il fut jeté à terre par le choc, et reçut des millions de gouttes d’eau, débris de l’impact.
Il avait fallu plusieurs jours pour qu’on apprenne qu’Alankar n’avait pas seulement coupé un territoire en deux, mais qu’il avait séparé un tronçon gigantesque de l’ensemble de l’île ! C’était pour cette raison que l’eau avait empli le fossé : elle provenait de Forëar, la mer du nord !
Et plusieurs années après ce drame, la malédiction commença à s’accomplir, et Alankar était réapparu.
Elinwë était las de ces guerres. Il ne croyait guère plus en une victoire, et attendait même parfois la mort, comme une délivrance. La veille, Aronar, Belanùl, et les chefs des hommes s’étaient réunis en ce lieu même où il montait la garde ce soir, et avaient dressé un plan suicidaire pour tenter de tuer Alankar. Ils savaient que si celui-ci perdait la vie, ses combattants seraient démoralisés, et fuiraient sans doute le champ de bataille. Mais Alankar le savait aussi, et il ne combattait plus personnellement depuis longtemps, et se protégeait même derrière ses meilleurs guerriers, tous au moins aussi puissants que lui. La tâche ne serait pas aisée…
Comme toujours, les rois alliés avaient adressé une prière à Voiron, le suppliant de leur accorder son aide. Mais Elinwë n’y croyait plus.
Pourquoi Voiron les écouterait aujourd’hui ?
22:52 Publié dans Eithelin | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
samedi, 23 janvier 2010
Chapitre XVII
Chères et chers.
Point de récit aujourd’hui. Simplement une petite surprise, puisque B.G.G.L. a repris l’écriture d’Eithelin, avec le début de ce chapitre 17, déjà !
La fin du livre second se rapproche ! Et le dénouement final débutera avec le troisième et dernier livre d’Eithelin ! Rendez-vous dans quelques mois pour plus d’informations !
Imaginairement vôtre.
Chapitre XVII
Benjiir était saoul. Plus encore que sa démarche titubante, qu’on pouvait attribuer à ses nombreuses blessures, et sans faire attention à la bouteille quasiment vide qu’il tenait à la main, c’était à ses yeux rouges et larmoyants qu’Aluman le devina. Et l’odeur d’alcool qu’il empestait lorsqu’il se rapprocha le lui confirma. Au moins tout autant que sa voix lorsqu’il tenta de parler :
« Nous avons échoué. »
12:02 Publié dans Eithelin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
jeudi, 14 janvier 2010
De Laaudhan (3)
Chères et chers.
Permettez-moi de vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2010 ! Qu’elle soit pour vous source de bonheur et de réussites dans tous vos projets !
Et qu’elle soit pour nous l’occasion de vous offrir toujours plus de récits inédits et connus, et toujours plus d’univers à explorer !
Après quelques semaines d’absences, nous espérons retrouver aujourd’hui le rythme entamé après la Rentrée Littéraire, à raison d’un texte par semaine. Nous verrons bien…
Et nous démarrons cette année 2010 par la suite d’un chapitre de Voyage en Eithelin, consacré à l’un des trois héros principaux de l’histoire : Laaudhan.
Un texte à lire attentivement…
Imaginairement vôtre.
De Laaudhan
L’enfance de Laaudhan ne fut pas des plus difficiles, en tout cas si l’on se base sur un jugement purement matériel : son père était un des dix généraux de l’Armée Elfique, un grade parmi les plus puissants, dépassé uniquement par le Prince et le Haut-Roi. Sa famille disposait d’une demeure luxueuse en plein centre d’Ariaman, et de deux autres villégiatures dans la campagne des terres elfiques ; de nombreux serviteurs leurs étaient dévolus, obéissant à leurs moindres désirs. Laaudhan et Olùin, sa sœur aînée, connurent ainsi les délices d’une enfance luxueuse, baignant dans l’opulence, et ne souffrant jamais le moindre manque.
Mais cela, je le répète, n’est que la face matérielle de leur enfance. Car comme nombre d’enfants de hauts responsables, il y a une contrepartie, et elle réside dans l’absence des parents. En effet, bien que les guerres étaient rares à l’époque que je dépeins, Landur, le père de Laaudhan, n’en avait pas moins de nombreux devoirs, au nombre desquels on comptait la gestion des défenses, des effectifs militaires, le réapprovisionnement des troupes envoyées dans l’île, l’encadrement des renseignements, et toutes les autres obligations protocolaires. Bref, il n’était malheureusement pas souvent à la maison. Sa femme, et donc la mère de Laaudhan, était une épouse dévouée à son mari. Elle-même fille d’un général, elle connaissait les obligations de la vie militaire. Plus jeune que Landur d’environ deux-cents ans, Maryliin et lui s’étaient mariés en l’an 2285 de la Sixième Ere, et n’avaient pas eu d’enfants avant la naissance d’Olùin, quelques sept-cents années plus tard, profitant de leur jeunesse, comme nombre d’elfes, pour s’instruire. Maryliin avait très tôt développé un talent particulier pour l’écriture, et était même devenue une écrivaine renommée dans la presqu’île elfique.
Au final, ses occupations littéraires, et celles militaires de Landur les rendaient souvent absents de la demeure familiale. Ce qui ne signifie pas qu’ils étaient inexistants dans l’éducation de leurs enfants. Comme souvent, là encore, une profonde culpabilité habite ces parents, et Laaudhan nous a souvent parlé de moments familiaux, somme toute assez banals, mais néanmoins preuves de l’investissement de ces deux grands elfes dans leur famille. Pour autant, ils restaient rares, et je crois que cela a influencé l’enfance de Laaudhan, qui a voulu prouver à ses parents, et notamment à son père, qu’il existait en quelque sorte. Ce qui l’a poussé tout naturellement vers les études militaires, comme je l’expliquais plus haut.
Malheureusement, je ne crois pas que cela ait plus rapproché le père et le fils. Non pas que celui-là ne fut pas fier de la réussite de son fils ! Laaudhan nous contât une fois l’émotion qu’il avait lue sur le visage de son père lors de son acceptation au rang de Commandeur, et je ne doute pas qu’elle était des plus sincères ! Mais une fois ce grade atteint, Laaudhan eut lui aussi à souffrir des devoirs qui lui incombaient. Et finalement, père et fils furent une fois de plus séparés.
Il est impossible de parler de Laaudhan sans évoquer le drame qu’il connût, et qui, selon moi, mit un terme trop précoce à l’enfance luxueuse que je dépeignais plus tôt. Car si notre ami eut le plaisir de grandir auprès d’une grande sœur, qu’il aimait autant qu’un petit frère peut aimer sa sœur aînée, ce ne fut que pour la perdre douloureusement à l’âge de douze ans, un âge très jeune, et d’autant plus pour un Elfe. Je ne relaterai pas ici les détails de l’assassinat d’Olùin, un malheureux « dommage collatéral », comme le nommera plus tard son responsable ; mais un dommage bien réel pour ses proches. Laaudhan n’était pas loin lorsque cela arriva, puisqu’il semble qu’ils s’amusaient, naïvement, comme le font frères et sœurs de cet âge. Ce fut à ce jeune elfe de douze ans que fut imposé la terrible découverte du corps mutilé de sa sœur. Laaudhan pourtant n’en garde aucun souvenir, son esprit l’ayant sans doute sauvé de la folie en lui faisant aussitôt oublier cet épisode insoutenable. Mais la peine, elle, subsiste, c’est évident.
La mort d’Olùin anéantit littéralement Marylinne, mère aimante. Et elle mourut quelques mois après (voir De la Vie des Elfes). Laaudhan perdit ainsi en peu de temps sa sœur aînée et sa mère. Ce genre d’expérience, que l’on ne peut souhaiter à personne, ne peut qu’enfoncer si bas qu’il devient impossible de se relever, ou rendre plus fort. J’ai souvent observé que les « grands hommes » de tous les temps avaient connu ce genre de malheur, comme si l’on ne pouvait devenir quelqu’un de célèbre, pour quelque raison que ce soit, sans avoir connu la douleur de perdre un être cher ; comme si cette douleur poussait à se dépasser.
Landur s’enferma dans l’étude de l’Art militaire, écrivant nombre d’essais spécialisés sur l’armée, la stratégie, et plus tard, sur des notions philosophiques que tout soldat censé doit se poser, telles que la vie, la mort, l’acte de tuer, et l’acte de faire tuer notamment. Essais qui furent reconnus dans tout Eithelin par les lettrés, Benjiir en premier. Quant à Laaudhan, cette terrible épreuve le força à grandir bien plus vite qu’un jeune Elfe le doit. Il entra à l’école très tôt, dès sa troisième décennie, et passa les classes brillamment, jusqu’à l’école Militaire. Les études l’obligeaient sans doute à mettre loin derrière lui les souffrances qu’il avait connues.
Ainsi grandit notre ami. Nul doute que la mort de sa sœur et de sa mère, et l’éloignement de son père, dans une société elfique alors méprisante et arrogante, n’aient pu que le conduire à un état d’esprit aussi détestable, chez un elfe d’une rare intelligence, comme je le soulignais plus haut. Nul doute aussi que l’épreuve qu’il connut par la suite, l’enfermement dans les Forges de l’Enfer, ne put que l’obliger à revenir sur certaines de ses idées préconçues. Et ne resta plus que l’elfe intelligent, alors ouvert au monde.
Ne croyez pas que je glorifie Laaudhan plus que raison. On aurait raison de douter de mon objectivité, mais je crois tout de même pouvoir en faire un portrait assez proche de la réalité : Laaudhan était un elfe, et malgré sa grande ouverture d’esprit, en gardait quelques traits. Parmi eux, sa rudesse lorsqu’il s’agissait de prendre une décision, et l’absence de considérations émotionnelles dans ces cas là ; ce qui en faisait un excellent meneur d’homme. Mais à l’inverse, il était capable, lorsqu’il le fallait, d’une réflexion d’un humanisme sans bornes. Il aimait à croire en un certain nombre de principes moraux, auxquels il aimait à croire s’y tenir. Et, le plus souvent, il s’y tenait. Il n’était jamais plus pénible, à l’inverse, que lorsque après une grande leçon sur l’un de ces principes qu’il aimait tant donner, il trahissait au vu et au su de tous ce même principe, sans vergogne, et avec toute la plus mauvaise foi du monde. Il jouait parfois d’une certaine hypocrisie, approuvant la moralité publique des nantis, telles qu’une certaine forme de religion par exemple, en la pratiquant publique pour la renier par derrière, chose qui horrifiait littéralement Benjiir ! Pourtant, j’aime à croire, et cette foi en toute subjectivité, qu’au fond de lui, il avait honte. Et c’est cette honte qui le rendait si extraordinaire. Car elle l’obligeait à une rigueur personnelle que peu de personnes osent s’infliger. De cette rigueur naissait un être fidèle, en amitié comme en amour, généreux, empathique (bien plus qu’il ne l’imaginait), et bon, tout simplement.
Un ami précieux.
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samedi, 12 décembre 2009
Les trois exilés
Chères et chers.
Deux semaines sans textes, nous en sommes confus. Nous espérons que ce nouveau récit, inédit, saura nous faire pardonner notre retard. N’hésitez pas à laisser vos commentaires.
Il est prévu que nous nous retrouvions encore une fois avant la Noël, mais dans le doute…passez de bonnes fêtes !
Imaginairement vôtre.
Les trois exilés
Prologue
« J’ai faim, j’ai froid. S.V.P., aidez-moi. »
Benjamin n’arrivait plus à lire cette pancarte sans sentir monter dans sa gorge une bile acide. « J’ai faim, j’ai froid. » Quelle ironie, lui qui avait le pouvoir de faire rôtir un cerf en moins de temps qu’il ne fallait à ces cafards grouillant et passant devant lui pour sortir une pièce de leurs poches bien trop pleines ; lui qui pouvait, d’un claquement de doigt, faire surgir un volcan miniature sur le trottoir sur lequel il gelait littéralement. « S.V.P., aidez-moi ». Lui qui avait passé des siècles et des siècles à s’exercer, à apprendre, à souffrir pour justement ne plus jamais avoir besoin de l’aide de quiconque.
Pourtant, après plus de soixante années passées à mendier, il aurait pensé pouvoir s’y habituer, et se contenter de purger sa peine en songeant à la vengeance et au plaisir délicieux qu’il aurait à l’assouvir, le jour venu. Mais le supplice était bien pensé, et lorsque ce n’était ni le froid ni la faim qui le tenaillait, c’était un groupe de jeunes qui tentait de lui dérober les quelques oripeaux dont il se parait à présent. Non, décidemment, il lui était bien difficile de ne pas se laisser aller à la dépression et au fatalisme, tant cette peine lui semblait longue. Il n’avait même plus la mauvaise foi nécessaire pour la qualifier d’injuste. Après tout, il l’avait tout de même bien cherché. Au moins avait-il encore l’énergie pour en vouloir suffisamment à ceux à cause de qui il en était réduit à grignoter un morceau de pain infâme de temps à autre. En fait, le peu d’énergie qu’il avait en sus lui servait à haïr Alban et Aurélien.
* * *
« Allez, dépêche-toi, fainéant ! Tu vois bien que ce panier est encore à moitié vide ! Tu ne sortiras pas d’ici tant qu’il ne débordera pas, tu le sais bien ! »
Alban hésita à lui raconter l’histoire du sac à moitié vide et à moitié plein, songeant au nombre exorbitant de fois où son maître la lui avait contée. Mais il se dit que le gardien ne l’apprécierait sans doute pas autant que lui à l’époque, et se contenta de hocher la tête tristement, comme il savait si bien le faire maintenant. Déposant les quelques kilos de charbon dans le panier (à moitié vide, donc), il retourna à l’extérieur, et sentit la brûlure du soleil d’Afrique chasser en une seconde le peu de fraîcheur qu’il avait trouvé à l’intérieur de la fabrique. Il ne s’y ferait jamais, il en était sûr. Sa peau avait beau être devenu plus sombre, presque autant que les maghrébins, elle n’en était pas moins celle d’un petit blanc, et n’était pas faite pour supporter une telle chaleur ! Et ses vêtements déchirés ne suffisaient absolument pas à l’en protéger ! Du coup, sans savoir si cela le réconfortait ou l’enfonçait, Alban préférait repenser aux temps où il portait les magnifiques tuniques, taillées sur mesure par les plus grands couturiers de l’époque ; parés de joyaux d’or et d’argent, tissés dans les plus fins tissus d’Asie et d’Europe, admirés par tous, et toutes ! Combien de jeunes femmes il avait conquis simplement d’un coup de bassin adroit, qui mettait en valeur une gemme particulièrement magnifique, et chère !
Mais il avait fallu que ces deux imbéciles viennent tout gâcher ! Ils ne pouvaient pas s’en empêcher ! Toujours, toujours, il leur fallait venir mettre leur grain de sel dans cette routine pourtant si bien huilée ! Et toujours il fallait qu’un des trois soit le Maître du Monde ! Après tout, pourquoi ? Finalement, chacun dans son coin, avec son petit empire à soi, et ses petites querelles aux frontières toutes les décennies, ils s’en sortaient plutôt pas mal ! Riches, célèbres, reconnus, admirés et adulés, pourquoi avaient-ils voulu plus ? Alors, bien sûr, il y avait cette histoire de Pouvoir Suprême ! Mais à la fin, pourquoi fallait-il toujours un truc suprême au bout ? Alban se contentait amplement de son pouvoir quasi-suprême !
Et voilà à quoi il en était réduit à présent : piocher du charbon sous un ciel caniculaire, ou dans des mines à plusieurs dizaines de mètres sous terre, entouré de crétins incultes, sans un sou, et affublé de quelques bouts de tissu qu’il avait du mal à appeler vêtements ! Ah, ils paieraient tous deux bien cher lorsqu’il l’occasion de les retrouver !
* * *
« Tu rigoles, ou quoi ? Je t’en donne quinze, et c’est bien parce que c’est toi ! T’as beau être l’Ancêtre, tu crois pas que je vais te faire une fleur de cette taille ? Allez, fous le camp maintenant ! L’odeur de merde qui t’entoure fait fuir la clientèle ! »
Malgré ces soixante années passées sans magie, Aurélien avait toujours ce réflexe de Lui faire appel pour démembrer ce genre de pourriture infecte qu’était ce petit revendeur. Et toujours ce sentiment amer d’impuissance lorsque son poing fermé restait de marbre, refusant de crépiter d’étincelles bleutées, comme il aimait le faire. Alors, Aurélien récupéra les quinze pièces que lui tendait le vendeur, laissa tomber le casque qu’il avait ramassé sur la table, et sortit de la boutique, sans un mot.
Il avait toujours aimé faire des fioritures. Son maître le lui avait reproché jusqu’à sa mort. Pour lui, la Magie devait être sobre, elle n’avait pas besoin de quoi que ce soit d’autre. Créer un feu se faisait par la pensée, et n’allait pas plus loin. Ouvrir la terre en deux, idem ; voler, c’était léviter, simplement ; et démembrer un homme consistait simplement à faire s’arracher les articulations des quatre membres. Ça ne devait pas aller plus loin. Mais Aurélien trouvait cela terne, et triste. Lui aimait qu’une boule de feu naisse de sa main, grossisse doucement jusqu’à devenir plus large qu’un homme, puis fonde sur le sol, explose, et devienne un énorme bûcher, avant de prendre une forme plus simple. De même, s’envoler en faisant naître une tornade, ou en faisant sortir deux ailes de son dos (à but simplement décoratif) était tout de même bien plus impressionnant que simplement sauter à quelques centaines de mètres. Mais ce que préférait Aurélien, même s’il en avait parfois un peu honte tant cela lui semblait puéril, c’était faire peur ; et il était devenu un spécialiste de ce petit jeu : s’il fallait décapiter quelqu’un, il aimait rendre sa main aussi tranchante qu’une lame, et lui faire adopter la même texture et la même couleur argentée d’un sabre, avant de sauter sur son ennemi et de lui ôter prestement la tête de son cou. De même, lorsqu’un inconscient, comme ce petit revendeur, méritait le démembrement (il avait décidemment un faible pour ce supplice), pourquoi se contenter de simplement lui séparer les membres de son torse, lorsqu’on pouvait y rajouter quelques artifices amusants : il commençait toujours par quelques étincelles autour de lui, ce qui, déjà, calmait souvent l’adversaire. Ensuite, il faisait naître quatre démons, de forme et de taille variant en fonction de son humeur, qui se précipitaient vers chacune des quatre extrémités du futur ancien vivant, et le suspendait en l’air. Là, forcément, le supplicié gueulait un peu, pour la forme, et Aurélien le secouait un peu, pour la forme aussi. Et puis, sans prévenir, hop ! un bras en moins ! Mais c’était triste de voir quelqu’un se vider de son sang en quelques secondes (c’est que ça va vite une artère sectionnée !), alors immédiatement, le démon qui n’avait plus à tenir le bras se collait au moignon, et l’empêchait de se vider ! Pendant ce temps, on arrachait un deuxième membre, ou, pour la forme, on faisait cramer une oreille, ou se liquéfier la langue. Bref, c’était tout un art que de supplicier avec talent, et Aurélien en avait toujours un peu voulu à son Maître de l’en empêcher. Bien sûr, ce dernier s’était fait pardonner en lui permettant de donner le meilleur de lui-même à son exécution personnelle. Au début, Aurélien avait voulu le faire discrètement, comme le voulait la tradition en quelque sorte. Mais finalement, il s’était laisser allé à la fantaisie, et l’avait fait en public. Et à chaque fois qu’il y repensait, il avait une pensée émue pour celui qui, à la fin de sa vie, avait finalement compris l’importance des fioritures. Du moins, Aurélien l’espérait.
Mais tout cela, c’était du passé. Et il devait à présent se contenter d’égorger un chat de temps en temps. Et même pas pour le plaisir, mais pour se nourrir ! Pourtant, il avait été sur le point de l’emporter, cette guerre ! Forcément, avec des types comme Benjamin et Alban, il n’aurait pas eu beaucoup d’honneur à gagner. Mais cette peine n’en était que plus vexante encore !
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jeudi, 26 novembre 2009
Un nouvel espoir
Chères et chers.
Suite aujourd’hui du récit de B.G.L.L., La Jeunesse de Yoda. En rapport, évidemment, avec quelque revisionnage de quelque film culte (et décidemment cultissime !) effectué récemment…
En espérant que cela amplifie l’inspiration de certains…
Imaginairement vôtre.
Un nouvel espoir
Concentré. Apaisé. Calme. Je respire doucement, ressentant à chaque inspiration chacune de mes alvéoles s’ouvrir et recevoir l’air dont je les emplis ; je sens chacun de mes muscles se contracter, puis se relâcher, dans une sorte de danse éternelle. Danse que je mène depuis plus de neuf cents ans maintenant. Et que, sans vouloir céder à la tentation de l’autosatisfaction, je commence à maîtriser quelque peu.
Pourtant, je sens que bientôt, je n’y arriverai plus. Je sens qu’un jour, proche, je ne pourrai plus me tenir aussi longtemps dans cette position, finalement peu confortable. Déjà, depuis plusieurs années, mes os me rappellent à l’ordre lorsque j’adopte la position du lotus trop longtemps, pourtant celle-là même que j’ai enseignée plusieurs siècles durant à plusieurs générations de padawans. Je sens que, bien que la Force n’ait jamais été aussi intimement proche de moi, je n’arriverai bientôt plus à être aussi puissant que je le suis. Et si j’arrive à éloigner la crainte, l’angoisse et la peur de mon esprit, je ne sais pas si, le jour venu, je saurai résister à la tentation de m’y abandonner.
Et puis, soudain, je sens une perturbation dans la Force. Cela ne dure qu’un instant, mais il suffit à troubler ma méditation. C’est un éclair, ou plutôt un déchirement dans le rideau habituellement si lisse de la Force. Et j’ai déjà vu ce déchirement, de trop nombreuses fois, même si la dernière remonte à il y a bien longtemps : un jedi n’est plus, et a rejoint la Force. Certes, depuis que Maître Jinn nous a enseigné à nous abandonner à la mort, cette rupture dans l’équilibre de la Force est moindre qu’auparavant, de même que la difficulté que nous avions à lutter contre les sentiments de tristesse et d’abandon, inhérents à toute perte, est devenue moindre depuis que cet abandon n’en est plus vraiment un.
Pourtant, ce déchirement là est particulier, car il signifie la mort d’un ami ; et quand bien même je le sais à présent en paix avec la Force, je ne peux m’empêcher de ressentir un mélange de peine et de curiosité : comment est-il mort ? Pourquoi ? Cela a-t-il un lien avec les mouvements qui perturbent la Force depuis plusieurs mois déjà ?
Je tente de me concentrer de nouveau, mais sans y arriver. Je souris en pensant à un souvenir que mon échec m’évoque : la surprise éternelle de Maître Windu devant mon incapacité à toujours réussir ! Je m’amusais de constater qu’il semblait terrifié par cette imperfection que je revendiquais pourtant ! Nul n’est parfait, pas même le plus puissant des Jedis, que j’étais censé être à l’époque. Mace Windu avait besoin de cette certitude que son maître était la Force incarnée, un être tout entier immergé en elle, et qui en était rendu puissant au-delà de l’imagination. Alors, lorsque je n’arrivais plus à me concentrer, ce qui était courant au cours des dernières semaines de sa vie, il connaissait une angoisse à la hauteur de sa déception, comme celle d’un enfant qui découvrirait que son père n’était pas infaillible. Et cela me faisait sourire, et me permettait de me concentrer de nouveau. Amusant d’ailleurs : c’était la réaction de mon élève face à mon incapacité qui me permettait finalement de passer outre ! Et Maître Windu pouvait alors de nouveau se cramponner à sa certitude selon laquelle son Maître était infaillible. Jusqu’à l’échec suivant.
Mon esprit s’égare au milieu des limbes de mes souvenirs. Mais comment le lui reprocher : perdu dans l’immensité de Dagoba, comment pourrais-je me refuser le dernier plaisir qu’il me reste, et me plonger dans ces bribes de moments passés, et heureux. Pourtant, cela s’oppose catégoriquement à ce que j’enseignais jadis aux padawans. Je me rappelle alors mes certitudes d’antan, et que je tentais de transmettre, avec réussit j’ose croire :
« Un jedi ne doit pas s’attacher ! Car de l’attachement naît la peur de perdre ! Et la peur mène au côté obscur de la Force ! »
Ou encore :
« Constamment dans le passé ou l’avenir vous vivez ! Jamais à l’instant présent ! Or, c’est le présent qui compte ! Vos souvenirs, vous devez enfouir ! Et à l’avenir, vous ne devez pas songer. Le présent vous y mènera, si concentrés vous restez ! »
Mais depuis, j’ai compris bien des choses : l’attachement exacerbe la Force. Certes, le risque de rejoindre le Côté Obscur n’en est que plus important, car toute exacerbation fragilise l’équilibre du Jedi, et donc menace de faire s’écrouler l’édifice précaire que le padawan a appris à bâtir depuis le début de sa formation, dans le but de toujours rester du « bon côté », et de ne pas être attiré par le « mauvais ». Mais si le Jedi réussit à résister à l’attrait maléfique du Côté Obscur, alors la Force qui naît de son attachement et de son amour n’en est que plus puissante. De même, si le présent doit constamment être à l’esprit du Jedi, pourquoi refuser de songer au passé, ou de réfléchir à l’avenir ?
Cependant, je crois aussi que ces réflexions doivent être tempérées par ma sagesse : après tout, il m’aura fallu attendre plus de huit cent cinquante années d’entraînement et de méditation pour réussir à m’attacher à mes alliés sans risquer de faillir à l’Ordre. Je pense que, dans l’optique irréalisable où je devrais prendre en charge, aujourd’hui, un jeune padawan, je maintiendrais ces vieux préceptes, pour éviter de farcir un esprit jeune, et donc fragile, des réflexions complexes d’un vieux maître. La jeunesse peut-elle tout entendre ? Je ne le crois pas.
A présent, je sais qu’il va venir me visiter. Après tout, lui disparu, je suis le dernier Jedi de la galaxie. Qui d’autre pourrait-il visiter ? Je distingue, entre les arbres, une ombre bleutée, désormais bien reconnaissable, s’avancer vers moi. Et je revois le jeune Obi-Wan pour la première fois depuis plusieurs décennies. Je dis « jeune », mais il n’en a plus l’apparence : sa barbe et ses cheveux sont blancs à présent, et de nombreuses rides creusent son visage. Pourtant, dans ses yeux se lit toujours la même passion qu’autrefois. J’imagine que Maître Jinn sera ravi de retrouver son ancien padawan, de même que d’autres vieux amis seront enchantés de le revoir. Mais leurs retrouvailles se feront loin de moi, dans un lieu que je ne peux qu’imaginer. Pour le moment.
« Alors ça y est, jeune Maître ? La Force, tu as rejoint ? lui demandé-je.
- Et oui, me répond-il sans une once de tristesse ou de déception dans la voix. Et c’est mon ancien apprenti qui m’a terrassé ! »
Je suis surpris de voir un sourire se dessiner sur son visage, et mon regard interrogateur le fait presque rire.
« Mon apprenti que je croyais avoir tué il y a bien longtemps, qui est finalement devenu l’homme le plus maléfique de la galaxie, et qui fut ravi de prendre sa vengeance sur celui qu’il appelait, il fut un temps, son frère ! »
J’avoue ne pas comprendre en quoi cela peut être amusant, mais je le laisse continuer.
« La Force est décidemment pleine de malice. Alors que je pensais à l’époque la libérer d’un ennemi, je lui en ai en réalité fourni un d’une telle puissance que c’est lui qui, à la fin, l’a privée d’un de ses derniers alliés ! Pourtant, aujourd’hui, j’ai de nouveau découvert l’espoir ! L’espoir de voir s’effondrer l’Empire et les siths. Et, Maître Yoda, sachez que cela faisait bien longtemps que j’avais perdu toute illusion de le retrouver un jour, cet espoir. »
Je reste silencieux. Je ne comprends pas un traître mot du discours d’Obi-Wan. Mais le voir si heureux me comble. Et à mon tour, je me surprends à sourire.
Notre conversation sera bien longue ce soir dans ma chaumière.
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vendredi, 20 novembre 2009
De la Politique des Nains (2)
Chères et chers.
Suite et fin des intrigues politiques du peuple des Nains. N’hésitez pas à laisser vos commentaires : ces traditions vous ont-elles surpris ? A quoi vous attendiez-vous ?
Bref, avez-vous apprécié ? N'oubliez pas que ce sont vos critiques qui nous permettent d'avancer!
Imaginairement vôtre.
De la Politique des Nains
De même, les guildes n’ayant pas toute la même puissance, certains Commandeurs se sont associés à des guildes plus puissantes, et au final, seules quatre Guildes détiennent un pouvoir important : la Guilde des Guerriers, la Guilde des Mineurs, la Guilde des Prêtres, et la Guilde des Orfèvres. Bien sur, cela mit plusieurs décennies pour en arriver là, et plusieurs autres guildes n’en sont pas beaucoup moins importantes ; citons pour exemple la Guilde des Brasseurs, la Guilde des Tailleurs de Pierre, la Guilde des Sculpteurs, la Guilde des Restaurateurs, et la Guilde des Forgerons. Et au final, il existe une lutte de pouvoir constante entre toutes ces guildes, prêtant allégeance à une plus grande, puis à une autre, selon ce que ces dernières offrent en échange. Ainsi va l’équilibre du pouvoir au sein de ces Guildes, et au final au sein de la société.
Car depuis plusieurs siècles, seuls les vingt Seigneurs Majeurs et les quatre Commandeurs des Guildes sus-cités sont invités aux Conseils Royaux. Et chacune de leur prise de position est la résultante des débats qu’il y eut auparavant entre les forteresses mineures pour les seigneurs, et les guildes alliées pour les Commandeurs.
Bien entendu, ces faits reposent, en théorie sur l’honneur, la fidélité, et le respect de tous, du plus petit au plus grand. Dans la réalité, tout n’est pas aussi idyllique, tous nains soient-ils. Car les politiques sont partout les mêmes, y compris dans ce peuple, et ces notions de pouvoir, de vassalité et d’alliance vont au gré des querelles intestines, des ambitions de certains, et des envies de pouvoir de tous. Si les Seigneurs Nains sont souvent des êtres admirables de fierté et d’abnégation, éduqués dès leur plus jeune âge par les plus grands précepteurs, il n’en va pas de même avec les Commandeurs des Guildes, qui réunissent plutôt des personnages ambitieux, avec les qualités, et les défauts, qui vont avec… Et les Guildes se révèlent être parfois un véritable nid de magouilles en tout genre, où les pots de vin (parfois au sens propre) circulent aisément entre les différents cercles, et où les décisions ne sont pas toujours prises pour les raisons que l’on croit…
Le Haut-Roi des Nains est élu, et ce depuis la mort d’Aronar, le fils d’Aulë. A la mort de ce derniers, tous les seigneurs de l’époque se sont réunis, et se sont posé la question suivante : devaient-ils faire monter sur le trône le fils d’Aronar, comme semblaient le souhaiter les Sages ? Ou bien préféreraient-ils s’opposer à ces hommes, représentants de Tyraël, en choisissant celui qui exerçait jusqu’à présent la fonction de Chambellan du Roi, le vénérable Yaldir ? En effet, ce dernier était reconnu par tous pour sa sagesse, et son intelligence, tandis qu’Aöl, le fils d’Aronar, certes un nain prometteur, était tout de même jeune. Finalement, les Sages décidant de ne pas intervenir outre mesure, ce fut la deuxième solution qui fut privilégiée. Et depuis, à la mort de chaque Haut-Roi, les Seigneurs (puis, par la suite, les Commandeurs de Guildes), se réunissent, et votent pour élire celui qui deviendra leur nouveau Haut-Roi. Cela n’a pas empêché parfois que ce titre s’est transmis de père en fils, car il est arrivé que les Seigneurs considèrent que le Premier Prince était, du fait de son éducation royale, et parfois de ses actes, le plus a même de gérer le royaume.
D’autant que ce système possède une faille de taille : à chaque changement de Haut-Roi, il y a un changement de capitale, celle-ci devenant la forteresse dirigée par le nouveau monarque. Or, si dans la théorie cela n’incombe guère de changement, dans la pratique, il en est tout autrement : car il faut déménager toute l’administration royale (le changement de Haut-Roi ne signifiant pas le renvoi de tous les dignitaires du précédent régime !), toutes les archives royales (ce qui correspond à plusieurs milliers d’écrits), ainsi que le trésor royal, dont la protection est à la charge du Haut-Roi. De plus, il existe une armée particulière à la fonction royale, composée des meilleurs guerriers de la Guilde des Militaires, dont la charge est la protection de la forteresse et de la famille royale. De ce fait, elle est indépendante de toute forteresse, et va là où va le Haut-Roi. Elle est commandée par le Sénéchal, en quelque sorte le Général en chef des armées naines ; ce dernier est sans doute un des plus brillants stratèges d’Eithelin, nommé non pas par le Roi, mais par les officiers internes de l’armée royale. L’origine de ce titre remonte à la nomination par Aronar d’Earnôr, un guerrier particulièrement brillant, qui avait fait montre de ses talents au cours de la célèbre Bataille des Justes.
Ce système particulier oblige une certaine logistique à chaque changement de capitale, car cela signifie accueillir des centaines, voir des milliers de nouvelle main d’œuvre ; à tel point que l’expression « C’est pire qu’être l’intendant du nouveau Roi. » est rentrée dans les mœurs comme étant une tâche impossible à réaliser !
Ainsi, les Seigneurs peuvent décider de nommer le fils du Haut-Roi décédé pour éviter ces bouleversements de manière trop fréquente. Bien entendu, cela ne peut être fait que lorsque le Prince est un nain honorable, et prêt à remplir une fonction royale. Dans le cas contraire, une nouvelle famille deviendra la famille royale, et le Haut-Roi sera choisi parmi les vingt seigneurs, le plus souvent. Il est arrivé que cette charge incombe à un seigneur de moindre importance, ayant brillé par une action particulièrement remarquée, mais cela reste rare, notamment car il est difficile pour un Seigneur d’une forteresse mineure de pouvoir accueillir en son sein la Capitale Naine.
Là encore, cela signifie que, dans la pratique, le titre de Haut-Roi ne revient finalement pas à « tout nain honorable par sa sagesse, sa force, son courage, et sa volonté de servir son peuple au péril de son énergie, voir de sa vie », comme le stipule le Texte Fondateur des Nains ; car en réalité, si le Haut-Roi nommé peut tout à fait être honorable par sa sagesse, sa force, etc., il n’en reste pas moins l’un des plus grands seigneurs nains d’Eithelin, titre qui, là encore, n’est pas donné à tout le monde. Ainsi, il se perpétue, comme souvent, un élitisme contre lequel il est difficile de lutter. Cependant, force est de constater qu’au cours de l’Histoire d’Eithelin, et malgré les quelques défauts politiques que nous avons pu relever, les Nains n’ont que très rarement nommé de roi qui ait marqué son règne par des méfaits, des erreurs, ou des scandales.
Et ce ne fut pas le cas de tous les peuples…
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vendredi, 13 novembre 2009
De la Politique des Nains (1)
Chères et chers.
Un nouveau Voyage en Eithelin aujourd’hui, en attendant la suite d’autres récits… En espérant qu’il vous plaira autant, et que vous prendrez plaisir à découvrir les méandres de la politique naine !
Imaginairement vôtre.
De la Politique des Nains
Malgré ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas des elfes que sont venues les premières notions politiques. Non, ce sont les nains qui en sont à l’origine. Ce peuple fier et courageux a, très tôt dans son histoire, posé les bases d’un système stable, dans lequel chacun d’entre eux trouvait sa place, et savait ce qu’on attendait de lui. Rien d’étonnant de la part d’une race constamment préoccupée par la hiérarchie, le protocole et l’honneur.
Aussi est-ce un système vieux de plusieurs millénaires que nous allons développer à présent, reposant sur plusieurs grands principes, et dont vous pourrez retrouver de nombreux traits dans la plupart des autres systèmes politiques d’Eithelin.
La société des nains repose sur une indépendance de groupes, en quelque sorte : toutes les forteresses naines vivent en totale autarcie, sans pour autant se priver de commerce les unes avec les autres, voir de concurrence ou, même si la dernière remonte à bien longtemps, de guerre. Il existe une multitude de forteresse, de la plus petite, abritant une centaine de personnes, à la plus importante, la capitale actuelle, Baraz Garaz, dont le nombre d’habitant dépasse allégrement les cinq cent mille âmes ! Chacune de ces forteresses est dirigée par un Seigneur, dont le titre se transmet de génération en génération. En général, les seigneurs descendent des fondateurs des forteresses ; les exceptions sont souvent dues à des problèmes de descendance, lorsqu’un seigneur n’a pas eu d’enfant par exemple. Un conclave est alors réunis, dans lequel siègent les plus grands notables des forteresses, pour décider quelle sera la famille qui deviendra la nouvelle dirigeante. Ces discussions peuvent durer des mois, voir des années, car ce genre de décision n’est pas prise à la légère !
Chacune des forteresses reverse un impôt à la couronne, directement proportionnel à sa taille, et à ses richesses. Car une petite forteresse peut rassembler en réalité plusieurs petits fortins. Baraz Garaz, par exemple, est la forteresse principale, mais plusieurs dizaines de forteresses accessoires sont ses vassales. Nous reviendrons sur ces liens de vassalité plus tard. C’est en cela que je parle d’une indépendance de groupe : car si chaque forteresse est tout à fait capable de subvenir à ses propres besoins, elles n’en restent pas moins les maillons d’une chaîne que forme la société naine, au haut de laquelle trône le Haut-Roi des Nains.
En plus de ce système de forteresse, il existe un deuxième lien qui unit les nains : il s’agit des Guildes. Chaque nain considère son emploi, quel qu’il soit, comme ce qui le définit. Ainsi, chaque nain a une mission bien définie au sein de la société, et un rôle à jouer, du général de l’armée au tavernier, en passant par le mineur, le geôlier ou le banquier. Et chacune de ces professions forme une guilde, dont chaque nain est membre. Lorsqu’un nain débute son emploi, il est intronisé dans la guilde correspondante, dans laquelle il va, au fur et à mesure qu’il monte en grade, monter dans la hiérarchie. Les guildes n’ont pas toute la même puissance, c’est évident, et certaines ne comptent que quelques centaines de membres, comme celle des paysans, une profession assez rare chez les nains. A l’inverse, d’autres en comptent plusieurs milliers, à tel point qu’elles sont divisées en sous-guildes, afin d’en faciliter la gestion. Il existe une multitude de grade que les nains gravissent les uns après les autres, au fur et à mesure qu’ils deviennent expérimentés dans leur emploi, et en fonction de leur volonté à prendre de l’importance dans le fonctionnement interne de la guilde : ainsi, un jeune nain débutant son emploi sera considéré comme un Novice, puis deviendra Apprenti, Copiste, Ecuyer, Moine, Moine-Soldat, Prêtre, Prêtre-Chevalier, Chevalier, Chevalier du Grand Ordre, Sénéchal, Sénéchal du Grand Ordre, Connétable, Connétable du Grand Ordre, Commandeur de Guilde. Ces grades sont ceux que l’on retrouve obligatoirement dans chaque guilde, mais les plus importantes en distinguent des intermédiaires, dont la liste serait tout aussi longue qu’ennuyante, en plus d’être vraisemblablement inexacte ; je vous l’épargnerai donc. On peut constater les liens entre religion, armée et guilde, à travers ces différents grades ; cela n’est pas dû au hasard : en effet, les Guildes ont toujours été inspirées par les prêtres et les soldats. Ces derniers avaient en fait deux emplois, et appartenaient à la guilde de leur fonction « civile ». De ce fait, la religion et l’armée devinrent rapidement une sorte de courant au sein des guildes, une ligne de conduite qui dictait de nombreuses décisions prises par les cercles élevés, selon qu’ils étaient majoritairement militaires, prêtres, ou simplement civils. Depuis le règne de Adelayr (VI-671 – VI-1854), cela a été rendu impossible par la création de deux castes particulières, relatives au clergé et à l’armée. Cela a permis de clarifier des situations parfois proches de magouilles politiques...
Les Seigneurs des forteresse sont considérés comme distincts des Guildes, et cela a son importance lors des réunions royales, qui réunissent tous les Commandeurs des Guildes, c'est-à-dire les dirigeants suprêmes de chaque guilde, et tous les Seigneurs des Forteresses pour prendre une décision majeure, comme la succession royale, ou l’envoi d’une armée naine à l’extérieur des terres. Ainsi, lorsqu’une telle décision doit être prise, tous les Seigneurs de toutes les forteresses naines sont appelés à se présenter dans la Forteresse Royale, de même que tous les Commandeurs de Guildes. Cela fait un certain monde !
Et c’est là que le système de vassalité prend toute son importance. Car au fur et à mesure des siècles, certaines forteresses ont plus prospéré que d’autres. Il y en eut qui connurent des désastres, et il y eut quelques guerres ; bref, il finit par se détacher une vingtaine de forteresses majeures, autour desquelles gravitent l’ensemble des autres, qualifiées de mineures. Ces dernières ont presque toute prêté allégeance à une forteresse majeure, créant ainsi en quelque sorte une vingtaine de petits royaumes au sein des terres naines. Et avec le temps, seuls les Seigneurs de ces forteresses sont devenus les décideurs du peuple nain ; tout en considérant qu’au sein de leur royaume, chacun d’entre eux observe régulièrement des séances au cours desquelles chaque seigneur de forteresse mineure peut demander à être écouté. Ainsi, une sorte d’équilibre est observé, grâce à ce système très hiérarchisé.
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vendredi, 06 novembre 2009
La Guerre du Choix (1)
Chères et chers.
Un texte inédit aujourd’hui, tiré de Voyage en Eithelin, mais différent dans sa tournure, comme vous allez le constater. En effet, contrairement au style habituel, où Aluman raconte, B.G.L.L. vous propose ici un véritable récit, plus « traditionnel », en quelque sorte. Les événements racontés s’inscrivent en droite ligne dans l’histoire d’Eithelin, telle qu’elle sera, espérons-le, un jour racontée…
La Rentrée Littéraire est derrière nous, mais nous ne prendrons pas, cette année, de vacances à sa suite ! Toujours dans l’optique annoncée de vous proposer une plus grande présence sur la Toile tout au long de l’année !
Imaginairement vôtre.
La Guerre du Choix (1)
Alomùl était inquiet. Il avait passé la nuit à tourner dans son bureau, cherchant une solution à ce problème qui prenait chaque jour une ampleur pire que la veille ; mais il avait beau se creuser la tête, fouiller dans les encyclopédies politiques et historiques, faire appel à la Magie, ou tenter de consulter les Sages, rien n’y faisait : il n’arrivait pas à trouver une solution. Pourtant, en tant que Roi des Elfes, il allait lui être demandé de trancher. Qui allait-il suivre ?
D’un côté, mené par l’impétueux Halion, ceux qui se faisaient appeler les Hauts-Elfes. Leur point de vue était simple : les Elfes étaient le peuple qui frôlait la perfection au plus près, comme l’avait voulu Voiron à l’aube des temps. En se mêlant trop aux autres races d’Eithelin, ils ne feraient que freiner leur quête de sublimation, celle qui leur permettrait d’atteindre le statut de fils divin de Voiron. Et Halion et ses proches étaient persuadés que tel était l’avenir des Elfes ! L’entendre évoquer cet éventuel futur, dans lequel tous les Elfes seraient sages et puissants, pour lesquels il n’y aurait plus de secret, était à vrai dire très agréable, et Alomùl aimait à y croire parfois.
Cependant, il savait que cet avenir était faux. Il savait qu’il ne serait pas donné aux Elfes d’atteindre un statut divin, quel qu’il soit. Voiron les avait créés tels qu’ils étaient actuellement : beaux, intelligents, puissants, et prêts à apprendre tout ce qu’ils désiraient. Mais là s’arrêtait le Don Divin, et il était déjà énorme ! Puis il avait envoyé Tyraël pour sauver les peuples d’Eithelin, et l’Archange veillait depuis sur eux, seule puissance divine autre que son créateur. Mais bien la seule !
Face à Halion, la jeune Roweniä savait faire oublier qu’elle n’avait pas encore atteint son premier siècle ! Elle était brillante, et Alomùl se surprenait parfois à se laisser vibre au son de sa jolie voix. Pourtant, ses paroles n’avaient rien de celles que scandent habituellement les jeunes elfes de son âge ; car loin de s’attarder sur la poésie ou le théâtre, Roweniä était la chef de file des Elfes qui prophétisaient la décadence de leur peuple. Pour l’empêcher, il n’y avait qu’une solution : cesser cette escalade d’urbanisation, dans laquelle s’embarquaient, décennies après décennies, l’ensemble des peuples d’Eithelin, et savoir revenir aux vraies valeurs, telles que les leur avaient enseignées Voiron aux origines de leur monde : la Nature, et la Liberté qu’elle seule pouvait offrir.
Là encore, Alomùl aimait à écouter les paroles de la jeune elfe, pleines d’espoir, et de visions idylliques. Mais là encore, Alomùl savait que là n’était pas l’avenir des Elfes. Il ne savait pas jusqu’où irait cette urbanisation, effectivement croissante, mais il n’arrivait pas à y voir tout le mal que semblait y déceler Roweniä. Ariaman avait été fondée voilà près de quatre mille ans, et elle rassemblait à présent un savoir qu’aucune vie forestière n’aurait permis de posséder. Elle concentrait en son sein des scientifiques, des astronomes, des médecins, des architectes, des magiciens et des philosophes, et de cette émulation intellectuelle naissait chaque jour un nouveau sujet de réflexion. Certes, ces derniers siècles avaient vus s’élever un certain nombre de villes supplémentaires, chacune empiétant doucement sur les terres forestières, jadis foisonnantes, que leur offrait la presqu’île ; mais Alomùl n’arrivait pas à croire que les arbres disparaîtraient tous, tant ils étaient indispensables aux Elfes. Même si force était de constater que leur communion avec l’esprit de la nature avait petit à petit perdu de sa force, et qu’il était à présent bien difficile de converser avec leurs aînés végétaux.
Alomùl était inquiet. Car ce qui avait au départ commencé comme un simple débat d’idées entre deux mouvements s’était transformé, ces derniers mois, en une véritable guère idéologique. Ses généraux lui rapportaient chaque jour des regroupements de civils, parfois en arme, se rapprochant les uns des autres. Pour le moment, il ne s’agissait que de simples provocations, mais jusqu’où cela pourrait-il aller ? Alomùl n’arrivait pas à envisager qu’un elfe puisse faire couler le sang d’un frère. Mais il y a encore un an, il n’aurait pas pu croire que plusieurs d’entre eux se sentent le besoin de porter des armes au sein même d’Ariaman pour provoquer d’autres elfes qui pensaient différemment. Chaque jour, Roweniä et Halion exhortaient leurs troupes à convaincre plus d’elfes du bien fondé de leur idéologie, tout en critiquant avec verve l’adversaire. « L’ennemi ! » comme ils l’appelaient parfois !
Il fallait empêcher que cela dégénère. Et la seule solution était de décréter un édit royal annonçant la ligne directrice qu’allait à présent suivre les Elfes. Le progrès, ou le retour aux sources. Alomùl songeait qu’un juste milieu serait sans doute le choix le plus sage ; mais il savait que cela ne servirait à rien, et qu’au contraire, il serait sans doute affaibli politiquement s’il prenait une décision qui, au final, n’en était pas une. Or, il était hors de question que le Roi des Elfes perde la face en ces heures sombres. Il devait rester une figure à suivre, et à laquelle obéir ; sans quoi le peuple elfique courrait à sa perte.
« Ah ! Belajùïn, qu’aurais-tu fait à ma place ? dit-il soudain à voix haute, se tournant vers une peinture représentant le premier Roi face à Alankar, au cours de la Bataille des Justes. Quelle décision aurais-tu prise ? Comment te serais-tu imposé ? »
Mais la peinture restait muette. Et Alomùl s’en détourna pour retourner à ses réflexions. Soudain, la porte s’ouvrit, laissant entrer Selya, la Chambellan. Vêtue de sa robe rouge traditionnelle, elle portait un collier en argent autour du cou, et de longues boucles étaient attachées à ses fines oreilles, tombant sur ses épaules. Ses cheveux blonds, presque blancs, étaient attachés dans son dos par un fin lacet de cuir, et un diadème ceignait son front pâle.
« Votre Majesté, veuillez pardonner mon intrusion, dit-elle en inclinant la tête.
- Qu’y a-t-il, Selya, demanda le Roi.
- Le Sénat est plein, et le vénérable Bejdïé attend que sa Majesté soit à ses côtés pour ouvrir la séance exceptionnelle.
- Le Sénat est plein, dis-tu ? Qui est venu ? lui demanda Alomùl, surpris.
- Il semble que Roweniä et Halion aient demandé à un maximum de leurs alliés de participer à la séance. Il a fallu laisser les portes ouvertes, car tous ne pouvaient entrer. »
Alomùl frémit. La séance allait vraisemblablement être houleuse, et il lui faudrait savoir se faire entendre dès le début. Il savait qu’il pourrait aussi compter sur Bejdïé pour imposer une discipline sans laquelle aucun débat ne pouvait arriver à une conclusion.
« Eh bien, Selya, tu me vois aujourd’hui bien en peine, reprit Alomùl en sortant de son bureau, suivi par la Chambellan.
- Puis-je vous demander pourquoi, Votre Majesté.
- Car aujourd’hui, je vais devoir imposer à notre peuple un choix, et j’avais pourtant toujours cru qu’il n’aurait jamais à le faire.
- Alors pourquoi le lui imposer, votre Majesté ? demanda Selya doucement.
parce qu’il me le demande. Et le rôle d’un Roi n’est-il pas de répondre à ses sujets ?
- Le rôle d’un Roi n’est-il pas de prendre les bonnes décisions pour ses sujets, votre Majesté, répondit Selya.
- Je crains que non, reprit Alomùl, car cela signifierait que la démocratie est morte, si les décisions sont prises par un seul homme. Non, Selya, je ne le crois pas. Je suis Roi des Elfes, mais non pas celui qui décide. Je prends les décisions. Et il y a une nuance majeure entre ces deux situations : car dans la première, je choisis seul, tandis que dans la seconde, je conclus après avoir discuté avec mes sujets. Et aujourd’hui, je vais conclure.
- Mais vous allez conclure à une décision qui ne vous plait pas, c’est cela ? »
Alomùl et Selya descendaient à présent les escaliers qui menaient au Sénat. On entendait déjà le brouhaha de la foule qui attendait, assise ou debout, dans les gradins ou dehors, que le Roi des Elfes décide de débuter la séance. Le Sénat avait été construit quelques années avant l’investiture d’Alomùl, et il était un des joyaux de l’architecture elfique. Mais jamais il n’aurait pu penser qu’il doive un jour accueillir tant de visiteurs en son sein !
« En effet, ma décision ne me plait pas. Mais je vais tout de même la prendre, et qu’elle me plaise ou non n’a pas d’importance. Seul l’avenir a de l’importance.
- Et votre décision est-elle la meilleure pour l’avenir des Elfes, votre Majesté ? demanda Selya, la main sur la porte qui ouvrait sur la loge royale. Est-elle la meilleure pour l’avenir d’Eithelin ? »
Alomùl se tut quelques instants, puis s’avança vers la porte, que Selya commença à ouvrir. Mais juste avant qu’elle ne le fasse, Alomùl l’arrêta en posant sa main sur la sienne, et lui répondit, la voix brisée par la peur :
« J’espère que cette distinction n’a pas lieu d’être, et que ma décision est la meilleure pour les deux. Pour les Elfes, comme pour Eithelin. »
Et il ouvrit lui-même la porte, entrant dans le Sénat. Il ne s’en voulait pas d’avoir ainsi montré sa faiblesse devant Selya, car elle était sans doute celle qui le connaissait le mieux, après son épouse. Pourtant, il lui avait caché les dernières paroles qu’il avait voulu prononcer. Il n’avait pas osé les lui dire, car il n’osait pas y croire lui-même.
Un Roi Elfe avait-il le droit de dire : « Mais j’ai peur de me tromper ? ».
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vendredi, 30 octobre 2009
Négociations (2)
La pauvre Klara ne savait que répondre, ne comprenant sans doute pas même la moitié des paroles du nain, tant celui-ci parlait dans sa barbe ! Mais son supplice s’abrégea aussitôt que Baral vit Elrik ; le nain se releva, impatient de voir ce que le vendeur pouvait lui proposer, et celui-ci ressentit l’excitation faire place à la crainte de voir son article rejeté.
« Alors Elrik, qu’as-tu trouvé dans ton fond de cale pour mettre aussi longtemps ?
- Eh bien Seigneur Baral, je me permets de vous proposer ce magnifique article, que je peux vous garantir que vous ne trouverez nulle part ailleurs, et qui ravira, j’en suis sûr, votre petit neveu ! »
Elrik tendit la lanterne au nain, qui fronça ses épais sourcils en s’en saisissant. Elle était un tout petit peu trop grande, mais ce n’était sans doute pas un problème. Le vendeur vit les yeux de Baral s’attarder sur les runes elfiques qui courraient le long des glaces, puis s’en détourner pour épier les détails et les soudures. « Un connaisseur. » songea Elrik. Il laissa le temps qu’il fallu à l’ingénieur pour examiner l’article, et attendit qu’il reprenne la parole, ce qu’il fit après de longues minutes.
« Quel est ton prix ? demanda Baral brusquement.
- Messire, vous aurez remarqué la finesse de l’instrument, ainsi que la qualité des matériaux utilisés. De plus…
- Cesse de me vanter les mérites que j’ai déjà examinés. Je ne te demande pas de te justifier, je te demande le prix. »
Elrik se lécha les lèvres, inquiet. Il se rappelait avoir acheté la lanterne à un elfe trop ivre pour comprendre ce qu’il faisait, mais il en avait quand même demandé 15000 pièces d’or ! Le temps était précieux, et le vendeur répondit vite et à voix basse :
« 75000 pièces d’or, Messire. »
La réaction du nain fut immédiate : il posa la lanterne, et fit mine de partir. Mais Elrik s’attendait à cela, et s’était placé devant lui avant qu’il ne fasse trois pas :
« Voyons Maître Baral, ne partez pas ! Ce prix que je vous ai donné est celui auquel j’aurai vendu ce magnifique objet si vous n’étiez pas un client exceptionnel !
- Alors, donne le prix que tu accordes à un client exceptionnel, et ne fais pas d’erreurs, car je n’ai pas de temps à perdre ! »
Elrik comprit que s’il souhaitait que les négociations se poursuivent, le prix qu’il allait donner ne devrait pas être trop élevé, sans être trop faible pour ne pas se faire avoir.
« 60000 pièces d’or messire. »
Baral ne bougea pas, ce qui était déjà une petite victoire en soi. Les négociations allaient pouvoir commencer.
« 60000 pièces d’or serait déjà une somme que j’hésiterai à investir dans un article nain. Pourquoi le ferai-je pour celui-ci ? demanda l’ingénieur.
- Messire, admirez encore une fois, je vous prie, la pureté des alliages, et la finesse des rivets ! A combien estimez-vous ce chef d’œuvre, dîtes le moi ! »
Baral fit mine de réfléchir, mais Elrik était certain qu’il avait déjà en tête depuis le début le prix qu’il donna :
« 5000 pièces d’or, et c’est presque généreux ! »
Elrik fit mine d’être blessé, mais il riait presque en son for intérieur. Il n’y avait qu’un nain pour tenter de baisser un prix de plus de dix fois son tarif d’origine…
« Messire Baral, j’ai autant d’estime que d’admiration pour vous, et je suis prêt à diminuer de 10000 autres pièces d’or, mais ne me faites pas l’affront de croire que je ne connais pas mes marchandises ! Sans prétendre avoir l’œil d’un nain, j’ai au moins le flair du commerçant ! »
Le nain sourit à cette remarque ; la partie était sur de bons rails.
« Tu me vends un objet dont je peux pas être certain qu’il sera encore en état de marche dans cinquante ans 50000 pièces d’or ? Ton flair ne te fais pas rougir Elrik ! Je veux bien croire que la flamme sera encore vacillante dans dix ans, aussi t’en donnai-je 10000 pièces. Qu’en dis-tu ?
- Seigneur Baral, je ne peux accepter, ce serait la ruine de mon négoce ! 45000 et il est à vous.
- Je ne peux pas accepter pour plus de 12000, c’est tout ce que j’ai dans ma bourse, répondit le nain.
- Heureusement, je vois que vous en avez deux, et que l’autre est plus fournie que la première ! 43000 pièces d’or !
- Si j’ai deux bourses, c’est que l’une contient des pièces d’argent ! Cent exactement. Je suis donc prêt à te donner 13000 pièces, mais plus me sera difficile ! »
« Mais pas impossible ! » songea Elrik.
« Messire Baral, nous savons tous deux qu’une telle pièce vaut au moins 40000 pièces d’or ! Admirez la qualité de finition ! Seuls des elfes sont capables de… »
L’atmosphère se glaça aussitôt, et Elrik se mordit la lèvre. « Imbécile que je suis ! » Baral ne mit pas plus d’un battement de cœur pour réagir, aussi démusérement que possible :
« Tu essayes de me vendre un objet tailladé par des elfes, Elrik ? Voudrais-tu m’insulter ? Sais-tu que le père de mon père a péri sous les traits de ces maudits oreilles-pointues ? Sais-tu seulement combien ma famille a souffert et s’est privé à cause de leur arrogance et de la guerre qui en a découlé ? »
Elrik s’en voulait, car à présent, il savait qu’il n’allait pas réussir à en tirer un bon prix. Baral était toujours là, ce qui lui confirmait qu’il avait très bien compris que l’objet était elfique –sans cela, Elrik serait par terre, le nez en sang – mais il userait de cet argument pour le mettre à genoux !
Le vendeur le laissa terminer son scandale, et sauta sur le premier silence que fit le nain pour se faire entendre :
« Pardonnez-moi Seigneur Baral, si j’ai oublié de préciser la malheureuse origine de cet objet. Mais rappelez-vous que vous souhaitez utiliser cet article pour apprendre à votre petit-neveu à toujours faire mieux, et…
- Et tu penses qu’un objet elfique est un bon modèle ? reprit le nain en hurlant de plus belle.
- Point du tout, loin de moi cette pensée, moi qui vendrai ma défunte mère pour pouvoir posséder dans mon stock plus d’objets facturés par votre peuple que je n’en ai malheureusement ! Mais je voulais juste dire qu’il serait sans doute agréable pour votre petit neveu de toujours se sentir supérieur aux elfes, en fabriquant toute sa vie des articles bien meilleurs que cette lanterne ! »
Baral se tut, et Elrik sentit qu’il avait marqué un point. Il fallait battre le fer tant qu’il était chaud :
« Songez à la fierté qu’il éprouvera lorsque vous lui direz que la lanterne qu’il a largement réussi à dépasser est d’origine elfique ! Songez à la leçon que ce sera pour lui lorsqu’il comprendra que personne, pas même les elfes, n’égale l’artisanat des nains ! Allons, messire Baral, pour avoir omis ce détail, et insulté, bien malgré moi, la mémoire de vos ancêtres, je vous le cède pour 25000 pièces d’or. »
Le nain ne laissa rien transparaître sur son visage, mais Elrik était persuadé que ce prix était inférieur à celui qu’il avait songé payer en voyant la lanterne ; il s’en voulut une fois de plus, car il sut que la négociation n’allait en plus pas s’arrêter là…
« Je te l’ai dit, je n’ai que 13000 pièces sur moi. Mais pour tes excuses, et ton bel argumentaire, je suis prêt à en faire acheminer 1000 de plus dès ce soir. Si tu as confiance en la parole des nains, cela va sans dire ! »
C’était un piège, et Elrik bénit son instituteur et ses coups de bâton pour lui avoir enseigné les us et coutumes des nains.
« La parole des nains est aussi solide que leurs montagnes, et le mithril qu’ils en extraient. Tandis que mon échoppe risque de devenir bien fragile si vous me saignez à ce point ! Faites venir 12000 pièces en plus, et la lanterne est à vous, à un prix défiant toute concurrence ! »
Baral ne répondit pas tout de suite, et Elrik eut l’impression qu’enfin, c’était fait. Il respecta le silence qu’imposait le nain, et ne se sentit pas de joie lorsque celui-ci reprit la parole :
« C’est d’accord…
Elrik allait tendre la main pour serrer celle du nain, et ne réussit pas à l’en dégager lorsque celui-ci annonça le prix à présent convenu :
« Va pour 20000 pièces d’or ! En voici 13000, et un de mes gardes t’amènera les 7000 manquantes dans l’après-midi, et prendra la lanterne par la même occasion. »
Elrik ne réussit pas à rendre son sourire aussi bienveillant qu’il l’aurait souhaité, mais il savait s’en être plutôt bien tiré. Il savait que le nain aurait pu s’arrêter à 16000 pièces d’or, et qu’il aurait réussi à comprendre qu’Elrik était toujours bénéficiaire. Il était même persuadé que Baral faisait un petit geste commercial, en guide de récompense pour cette joute financière.
« C’est toujours un plaisir de traiter avec toi, Elrik. Sache que je te recommande auprès des miens lorsque je les vois !
- C’est un honneur messire Baral ! J’espère avoir très bientôt le plaisir de vous revoir !
- Tu l’auras, à n’en pas douter. Je te souhaite une vie longue et prospère dans tes affaires !
- Et à vous de même, Seigneur Baral ! »
Le nain quitta le magasin, ce qui permit à Elrik de s’affaler sur un tabouret. Il claqua deux fois dans ses mains, et Klara lui apporta aussitôt une choppe de bière.
« La peste soit de ces nains ! maugréa t’il en buvant une longue gorgée, qui lui réchauffa agréablement la gorge. Ils croulent sous les richesses, mais sont encore plus avares de leurs pièces qu’un dragon ! »
Il songea soudain que si Baral faisait parler de son commerce, il lui faudrait endurer ce genre d’épreuve à plusieurs reprises. Il sentit le poids de ses épaules s’affaler sur son dos.
« Ces nains me tueront ! »
Puis il eut une vision des dizaines de bourses pleines d’or, et le sourir lui revint aux lèvres :
« Mais au moins mourrai-je riche ! »
Il finit sa bière cul-sec, et se releva pour aller fermer la boutique. La journée se finissait plutôt bien. Et il allait maintenant rejoindre sa femme.
La soirée promettait moins de délices…
12:00 Publié dans Marteau de Guerre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note